Séjour d’équithérapie : quand le handicap évolue grâce à un séjour
Depuis 2025, un séjour unique en son genre permet à des enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA) de vivre une expérience de vacances collectives. Soutenu par Jeunesse au Plein Air (JPA), ce projet porté par les Francas de Haute-Saône place l’équithérapie au cœur de l’accompagnement éducatif.
Frédéric Duhamel, porteur du projet chez les Francas 70 a répondu à quelques questions.
Depuis quand portez-vous ce séjour adapté, et comment a-t-il évolué au fil des années ?
Depuis la création de nos séjours d’été, les Francas de Haute-Saône ont toujours eu à cœur d’accueillir des enfants en situation de handicap, qu’il soit physique ou mental : enfants en fauteuil roulant, malentendants, malvoyants, porteurs de trisomie ou de troubles du spectre de l’autisme. Afin d’assurer un accompagnement adapté, nous avons longtemps bénéficié du soutien du fonds Handicap de la JPA, qui permettait jusqu’en 2023 de financer la présence d’un animateur référent par enfant à besoins spécifiques. Ce dispositif, issu d’un partenariat JPA–ANCV, a malheureusement pris fin à la suite du désengagement de l’ANCV.
En 2019, un partenariat a été initié avec le CREA (Centre Ressources Enfance et Adolescence, rattaché à l’Adapei du Territoire de Belfort). Si les séjours se déroulaient dans de bonnes conditions, les bilans ont mis en évidence un manque d’interactions entre enfants en situation de handicap et les autres sur les temps libres, ceux-ci venant souvent seuls. Pour répondre à ce constat, nous avons construit en 2022 un séjour inclusif avec 6 enfants de l’IME intégrés à un groupe de 24 participants, accompagnés d’un éducateur. Cette expérience s’est révélée très positive pour les deux partis poussant même certains enfants à intégrer dès l’année suivante un séjour classique. L’initiative a été reconduite, marquant le début d’un partenariat.
Lors du bilan 2023, l’idée d’un séjour spécifique autour de l’équithérapie a émergé, compte tenu des bienfaits observés dans la relation à l’animal. Parallèlement, des échanges avec une équithérapeute de l’entreprise TEKKI avaient déjà ouvert la voie à un projet de séjour En septembre 2024, la décision a été prise d’expérimenter un séjour d’équithérapie dédié aux enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme, séjour qui s’est concrétisé durant l’été 2025 sur 4 jours. Inscrit dans la continuité du séjour 2025, nous avons décidé de renouveler l’expérience en 2026 sur 5 jours.
Qu’est-ce qui vous a conduit à créer ce séjour spécifiquement pour des enfants présentant un TSA?
Ce séjour répondait à un double objectif :
- concrétiser le projet autour du cheval et de la médiation équine évoqué en 2023,
- proposer une expérience adaptée à des enfants du dispositif DAR (Dispositif d’Auto-Régulation) de Lure, en tenant compte de leurs besoins spécifiques.
Une première réunion avec le CREA et TEKKI a permis de définir un séjour « test » de 4 jours, pour 8 enfants maximum : 4 issus du Territoire de Belfort et 4 de la Haute-Saône. Le CREA s’est chargé de la sélection des familles dans le 90, tandis que pour le 70 nous avons sollicité le DAR et contacté Handy’up (qui n’a pas pu répondre favorablement). Les rencontres avec les familles se sont faites avec l’appui des directeurs de centre et de la coordinatrice DAR.
Si certaines familles ont accueilli l’idée avec enthousiasme, d’autres ont eu des réticences à laisser partir leur enfant 4 jours. Des rencontres individuelles ont donc été organisées afin de présenter les objectifs, le programme et l’encadrement. La garantie d’une équipe qualifiée a rassuré la plupart des parents et facilité les inscriptions (seul un papa n’a pas souhaité laisser partir son fils, la maman était pourtant partante).
Afin de préparer au mieux le séjour, un dossier d’intégration a été créé, permettant aux familles de partager toutes les informations utiles sur le quotidien de leur enfant. Ce document a permis à l’équipe de pouvoir prendre en compte les « habitudes quotidiennes et les spécificités » de chaque enfant pour une meilleure prise en charge. De son côté, le CREA a conçu un livret de présentation à destination des enfants, incluant une présentation des animateurs, du gîte et des futurs camarades.
Qu’est-ce qui vous engage personnellement dans la médiation équine comme outil d’accompagnement ?
Ayant personnellement un Brevet d’État d’Équitation ainsi qu’une option Handisport, et ayant travaillé plusieurs années avec des enfants et des adultes issus des IME et de l’ADAPEI du Doubs, je ne pouvais qu’être convaincu du bien-fondé de l’équithérapie. Les bienfaits des animaux, et plus particulièrement des chevaux, sur les enfants en situation de handicap, mais également sur des enfants présentant des troubles du comportement plus légers, ont été observés au cours de mes nombreuses années en tant que directeur de centres de vacances.
Quels résultats ou retours vous ont le plus marqué lors du séjour 2025 ?
Le retour le plus marquant concerne l’évolution des enfants au cours de la semaine.
Nous accueillions un public présentant des difficultés de communication entre pairs : certains ne supportaient pas le contact physique, d’autres n’avaient jamais dormi en dehors de leur domicile, voire du lit de leurs parents. À la fin de la semaine, nous avions des enfants qui se prenaient dans les bras, se faisaient des « câlins », n’ont présenté aucune difficulté liée à l’hébergement hors domicile et qui, plusieurs mois après, parlent encore de leur séjour. Lors du bilan, le directeur du CREA nous faisait remarquer que ces évolutions peuvent sembler minimes pour nous, mais qu’elles représentent pour eux des progrès énormes.
Pourquoi est-il essentiel pour vous de maintenir un tarif accessible aux familles, malgré un coût réel de 1 660 € par enfant ?
Il est essentiel pour nous de maintenir un tarif accessible aux familles parce que l’objectif premier du séjour est éducatif, thérapeutique et inclusif, non lucratif. Le public que nous accueillons est souvent issu de familles déjà confrontées à des contraintes financières, médicales ou sociales importantes. Un tarif aligné sur le coût réel de 1 660 € par enfant exclurait de fait une grande partie des familles pour lesquelles ces séjours sont pourtant les plus bénéfiques.
Rendre le séjour accessible, c’est garantir l’égalité des chances et permettre à chaque enfant, indépendamment de la situation économique de sa famille, de pouvoir partir en vacances. C’est aussi soutenir les parents, souvent très sollicités au quotidien, en leur offrant une solution de répit et un accompagnement de qualité. Enfin, maintenir un tarif modéré est cohérent permet de répondre aux valeurs portées par les Francas.
Merci à Frédéric Duhamel pour son témoignage !
Vous pouvez soutenir directement cette aventure humaine et solidaire en participant au crowdfunding ici : crowdfunding équithérapie